samedi 31 décembre 2011

The Clash of the Wolves 1925

Un film de Noel Mason Smith avec Rin-Tin-Tin, Charles Farrell et June Marlowe

Lobo (Rin-Tin-Tin), mi-chien mi-loup, est à la tête d'une meute de loups. Ayant dû fuir la forêt suite à un incendie, ils se retouvent dans le désert et attaquent le bétail pour se nourrir. Les villageois organisent la chasse aux loups...

Dans les années 20, la star canine de la Warner a empêché plus d'une fois la firme de sombrer dans la banqueroute. En effet, ce berger allemand, recueilli en Lorraine par un soldat américain à la fin de la première guerre mondiale, fut la star de toute une série de films qui firent de ce chien un des animaux les célèbres de l'histoire du cinéma. Rin-Tin-Tin partage même l'affiche avec sa compagne Nanette, autre berger allemand star. L'animal est un vrai sportif cascadeur qui peut escalader ou sauter des hauteurs impressionnantes. Contrairement à d'autres films avec des animaux, c'est vraiment Rin-Tin-Tin qui est le personnage central du film. A la tête d'une meute de loup, il se blesse en s'enfonçant une épine de cactus dans la patte. Il est sauvé par Dave (un Charles Farrell tout jeunôt de 20 ans) un jeune prospecteur à la recherche de borax (un dérivé du bore). Le chien-loup accepte la proximité de l'homme et va défendre son nouveau maître face aux machinations de William Horton (Pat Hartigan) qui veut spolier Dave de son filon de borax. Dans cette univers de western, nous suivons une histoire qui n'est pas dénuée d'intérêt avec des éléments comiques bien venus et un suspense bien mené. Il s'agit sans aucun doute d'une production commerciale sans prétentions, mais qui est réalisée avec compétence. Et finalement, le chien Rin-Tin-Tin est un cabot tout à fait aimable dont on admire les capacités physiques. Le film est disponible dans une fort belle copie au sein du coffret More Treasures from the American Film Archives. Très sympathique

She 1925

Un film de Leander de Cordova avec Betty Blythe, Carlyle Blackwell et Mary Odette

Leon (C. Blackwell) arrive en Lybie où il tombe dans les rêts d'une peuplage étrange dirigée par une reine Ayesha (B. Blythe) qui est immortelle. Celle-ci reconnait en lui Kallikrates, l'homme dont elle attendait le retour depuis 2000 ans...

Cette production britannique met en vedette Betty Blythe qui avait été La Glorieuse Reine de Saba (The Queen of Sheba) en 1921. Betty semble être alors abonnée à ces rôles pseudo-biblico-antiques où on lui fournit une garde-robe farfelue, mais surtout extrêmement légère. Dans She, elle porte des voiles transparents ou des petits bikinis en perles étiques. Il semble bien que l'attrait du film se limite à l'exposition de ses appâts car le scénario et la réalisation sont extrêmement médiocres. Tout d'abord, le scénario tiré du roman de Sir Henry Rider Haggard est assez proche du ridicule. On nous apprend dans un carton du générique que les intertitres ont été rédigés par l'auteur lui-même. Il nous produit des phrases ampoulées à coups de 'Thou' (forme vieillie du 'tu' en anglais) emphatiques qui provoquent plus le rire que l'admiration. Cette histoire rocambolesque de divinité immortelle sent quelque peu le moisi des années coloniales britanniques avec les bons archéologues victimes de femmes fatales. Ce qui pourrait être un sommet du kitsch n'est ici qu'un film horriblement mal réalisé. Le film paraît avoir été fait dans les années 10 tant la caméra reste vissée au sol en plan large. La direction d'acteur - si il y en a une ! - est inexistante. Nous avons droit à force roulements d'yeux et aux battements de bras sur fond de décor en carton-pâte à petit budget. Le vétéran Carlyle Blackwell nous gratifie d'une performance bien en-deçà de ce qu'il faisait dans la décennie précédente. Betty Blythe expose ses abattis d'une manière mélodramatique. Voilà une production bien médiocre qui n'a pas dû aidé la carrière de Betty Blythe.

vendredi 30 décembre 2011

Angst 1928

Un film d'Hans Steinhoff avec Elga Brink, Henry Edwards, Gustav Fröhlich et Valerie Boothby

Inge (E. Brink) est la femme délaissée de l'avocat Henry Duhan (H. Edwards). Il est toujours absent, absorbé par son travail. Son épouse part seule en vacances à Cannes où elle fait la connaissance d'un jeune peintre (G. Fröhlich)...

Ce film de Hans Steinhoff est adapté d'une nouvelle de Stefan Zweig. Nous suivons la trajectoire de deux couples fort différents. D'un côté les Duhan, un couple fidèle où l'épouse se dévoue totalement pour un mari toujours absent, même lorsqu'il est chez lui. De l'autre, les Born qui pratique un mariage très libre, autorisant à chacun toutes les aventures qu'il désire. Mais, Inge Duhan est fatiguée par les absences perpétuelles de son mari qui met toujours sa carrière avant sa famille. Le voyage à Cannes va être un révélateur. Confronté au jeune Francard (G. Fröhlich), Inge réalise l'attention qu'elle peut susciter chez un homme autre que son mari. Elle repousse néanmoins ses avances plus qu'empressées. Elle lui dit être toujours éprise de son mari. Le retour au foyer se révèle extrêmement difficile avec l'arrivée d'une femme qui la fait chanter. Elle lui réclame toujours plus d'argent pour ne pas révéler son infidélité supposée à son mari. Inge vit dans la terreur sans savoir que cette machination est l'oeuvre de son époux. Quant aux Born, leur mariage se délite avec les infidélités répétées du mari. Ils songent à se séparer avant de se réconcilier lors d'une soirée très arrosée. Au total, Steinhoff réalise un film très soigné, bien réalisé avec même quelques extérieurs à Cannes. Cette observation presque entomologique des couples est finalement assez avant-gardiste pour l'époque. On imagine mal le cinéma américain, par exemple, faire un film aussi 'libéré'. Mais, le propos reste particulièrement machiste puisque l'épouse retournera dans les bras de son époux sans que celui-ci ne montre guère de tendance à changer son attitude carriériste, alors qu'elle doit 'expier' cette faute qu'elle n'a pas commise. Un joli film de la grande époque du cinéma de Weimar.

jeudi 29 décembre 2011

La Parade est passée... de Kevin Brownlow (II)

Petit retour sur la sortie de La Parade est passée... dont je suis la traductrice. Vous pouvez voir ci-dessous l'interview de Kevin Brownlow diffusée le 6 novembre dernier dans Viva Cinéma sur Ciné Classic:
La Parade est passée... par Kevin Brownlow on Vimeo.

Voici une sélection de critiques parues dans la presse. Dans Les Cahiers du Cinéma du mois de décembre 2011:
Dans Libération du 9 novembre 2011:
Dans Télérama du 9 novembre 2011:
Dans La Quinzaine Littéraire du 16-31 décembre 2011:
On trouve aussi des critiques sur le net dans L'Humanité du 23 novembre 2011, sur le blog de la Revue Cinéma Versus du 5 décembre 2011, de L'Express du 23 décembre 2011 et sur le blog de France-Inter de Laurent Delmas le 1er décembre 2011. De plus, Olivier Barrot parlera du livre dans l'émission de France 3Un Livre Un Jour du vendredi 6 janvier 2012 à 17h20.

mercredi 28 décembre 2011

The Iron Mask 1929

Le Masque de fer
Un film d'Allan Dwan avec Douglas Fairbanks, Marguerite De La Motte, Léon Bary et Nigel de Brulier

La reine Anne d'Autriche (B. Bennett) donne naissance à deux fils. Le deuxième est immédiatement dissimulé et envoyé en Espagne. Suite à cette naissance, Constance Bonacieux (M. De La Motte) est assassinée par Milady (Dorothy Revier). Sur son lit de mort, le cardinal de Richelieu (N. de Brulier) lui confie à D'Artagnan le jeune dauphin Louis...

Cette production de 1929 est le dernier film muet de Douglas Faibanks. (Il contient aussi deux courtes séquences parlantes.) C'est vraiment la fin d'une époque. Fairbanks endosse pour la dernière fois le costume de D'Artagnan et nous emmène dans une aventure inspirée à la fois de la triologie des Mousquetaires et du Masque de fer. Probablement piqué au vif par certaines critiques concernant son précédent opus, Fairbanks embauche un consultant historique de choix pour les costumes et les décors : l'illustrateur Maurice Leloir. Il gratifie même son consultant d'un carton entier au générique pour le remercier. Maurice Leloir va partir cinq mois à Hollywood pour participer activement au tournage du film. A son retour, il écrira un délicieux ouvrage relatant son expérience hollywoodienne avec de superbes dessins qui montrent son humour et son talent d'observation. Il est fasciné par le travail remarquable des décorateurs et techniciens sur le tournage. Il faut dire que Fairbanks voit les choses en grand. Le générique recense les plus grands talents de l'époque: Carl Oscar Borg, Ben Carré, Lawrence Irving. On reconstruit un chateau de Saint-Germain-en-Laye tel qu'il existait lors de la naissance de Louis XIV et des petites rues du vieux Saint-Germain plus vraies que nature. Leloir croque tout cela avec avidité, admirant comment les artisans du studio arrivent à recréer un carrosse en deux temps trois mouvements à partir de ses dessins.
Il dessine lui-même les costumes sous forme d'aquarelles qui sont exécutés par Gilbert Clark et ses assistants avec fidélité. Les lourds tissus de laine sont souvent très désagréables à porter pour les acteurs. Il n'est pas rare de voir certains des principaux acteurs relever leurs longues jupes pour avoir un peu d'air frais sous le soleil de plomb de la Californie. Ce qui donne ce délicieux croquis :
Leloir observe les figurants, tous habillés de pied en cap en costumes XVIIème, qui se rendent au drugstore du coin pour déjeuner. Cela donne une ligne de figurants le long du comptoir:
Son récit montre une organisation sans faille au sein de l'unité de production de Fairbanks. Chacun est conscient de son rôle et est prêt à tous les efforts nécessaires pour que le film soit le meilleur possible. Leloir est aussi chargé de donner quelques leçons de maintien aux figurants pour leur apprendre à se mouvoir dans leurs costumes. Il participe avec le réalisateur à la sélection de ceux-ci. Il a donc accès à tous les phases de préparation du film. Il doit parfois faire des concessions à la véracité historique. Fred Cavens, le maître d'armes de Fairbanks, lui fait remarquer que si les épées sont équipées de coquilles (qui n'existaient pas à l'époque) c'est pour eviter les blessures aux mains qui ne sont pas rares. 
Fairbanks réalise encore quelques cascades remarquables comme lorsqu'il escalade un arbre pour atteindre la fenêtre de la pièce où Constance est retenue prisonnière. Il est accueilli par une Milady féroce qui le menace d'un poignard. Il tombe du rebord de la fenêtre, mais sa chute est amortie par ses trois compagnons mousquetaires. Le film se termine sur une note sombre avec la mort successive de Porthos, Aramis, Athos et de D'Artagnan. C'est la première fois qu'un film de Fairbanks le montre mort à la fin. Peut-être a-t-il senti que son heure de gloire touchait à sa fin avec l'arrivée du parlant, qui sait ? En tout cas, ce merveilleux livre d'images permet de se replonger dans l'univers de Dumas comme si nous étions dans une machine à remonter le temps. Le DVD Kino offre une superbe copie avec une partition orchestrale du formidable Carl Davis. Un Fairbanks plein d'humour et de nostalgie.

dimanche 25 décembre 2011

Der geheime Kurier 1928

Le Rouge et le noir
Un film de Gennaro Righelli avec Ivan Mosjoukine, Lil Dagover, Jean Dax, José Davert et Agnes Petersen

Julien Sorel (I. Mosjoukine) est employé comme secrétaire du bourgmestre M. Rénal (José Davert). Il est l'amant de la femme (L. Dagover) de celui-ci. Mais, lorsqu'on lui offre un poste de secrétaire à Paris chez le Marquis de la Môle (J. Dax), il part immédiatement...

Lil Dagover et José Davert
Les spécialistes de Stendhal furent profondément offusqués par l'adaptation du Rouge et le Noir réalisée par Claude Autant-Lara en 1954. Je me demande quelle aurait été leur réaction face à cette production allemande de 1928 réalisée par un italien et jouée par un russe. En effet, le scénario est une telle trahison du roman de Stendhal qu'on peut imaginer que l'auteur a dû se retourner dans sa tombe. Les éléments sociaux qui marquaient les différences de classe qui obsèdaient Julien Sorel ont été pratiquement tous éliminés. Monsieur Rénal n'est plus un aristocrate, mais un simple bourgeois mal dégrossi qui boit. Son épouse insatisfaite se réfugie dans la chambre de son amant et lui demande même de supprimer son mari pour retrouver sa liberté. Un fois à Paris, Julien est envoyé à Strasbourg par le Marquis de la Môle pour transporter une missive secrète, fruit d'un complot pour faire tomber Charles X. Et à la fin, Julien au lieu de mourir sur l'échafaud, meurt en héros sur une barricade lors de la révolution de 1830. Une fois ces éléments établis, si on fait abstraction de cette trahison, on peut examiner le film en tant qu'oeuvre cinématographique.
Le film de Righelli n'est pas dépourvu d'intérêt. Il sait créer une atmosphère (même si elle n'est pas Stendhalienne). Le début du film chez les Rénal est assez savoureux. On voit la belle Lil Dagover, en léger déshabillé, ouvrir la porte de sa chambre et illuminer en ombres chinoises ses formes gracieuses alors qu'elle s'apprête à rejoindre son amant. Il faut d'ailleurs souligner la qualité de l'interprétation de Lil Dagover. Elle donne à Mme Rénal une sensualité tout à faite remarquable. C'est elle, avec Mosjoukine, qui domine le film. Les scènes chez le Marquis de la Môle marque une petite baisse de régime. On sent que le film a été écrit avec la légende de Mosjoukine en tête lorsqu'on le voit escalader le balcon de Mlle de la Môle et la séduire tout de go. Ce Julien Sorel est un petit frère de Casanova. Puis, on nous met quelques belles chevauchées où Julien echappe de justesse aux gendarmes. Dans une auberge, il est presque démasqué par une jolie servante. Pour l'empêcher de nuir, il utilise un stratagème : il déshabille entièrement la malheureuse qui se retrouve en tenue d'Eve (une vision fort coquine pour l'époque). Autre belle réussite : la tentative de meurtre sur Mme Rénal. On voit Mosjoukine lui tirer dessus à bout portant et quelques plans en caméra subjective suggère la chute de Mme Rénal. Le final sur les barricades de 1830 fait presque penser aux Misérables de Victor Hugo. Et le procès de Julien semble être plus politique qu'autre chose alors qu'il clame son soutien à Louis-Philippe ! Gennaro Righelli, un pionnier du cinéma italien, réalise tout cela avec une certaine fougue, même s'il n'est pas à l'avant-garde de la technique comme Alexandre Volkoff ou Marcel L'Herbier. 
Julien Sorel : Ivan Mosjoukine
En 1928, Ivan Mosjoukine est sur la pente descendante. Après une période glorieuse dans le cinéma français des années 20, il part pour l'Amérique où il ne fera qu'un seul film qui ne sera pas un succès. Puis, il part pour l'Allemagne où on lui offre un contrat faramineux de 600 000 francs par mois. Il mène grand train et épouse même sa partenaire du film, Agnes Petersen, qui joue Mlle de la Môle. Cependant, la qualité des productions dans lesquelles il joue est bien inférieure aux grands films qu'il faisaient en France. Et l'arrivée du parlant va définitivement le crucifier. En arrivant en Allemagne, il a subi une opération de chirurgie esthétique qui a modifié son visage, en particulier son nez. Cette opération reste mystérieuse : pourquoi l'a-t-il tentée ? En tout cas, le résultat n'est guère heureux. Ivan a perdu une partie de son entrain et de son charisme. 
Au total, cette trahison de Stendhal est un film qui se laisse regarder avec plaisir grâce à ses interprètes, à sa mise en scène et à sa belle cinématographie.

jeudi 22 décembre 2011

The Mark of Zorro 1920

Le Signe de Zorro
Un film de Fred Niblo avec Douglas Fairbanks, Marguerite De La Motte et Noah Beery

Au temps de Californie espagnole, un vengeur masqué du nom de Zorro défend les malheureux qui souffrent sous la tyrannie du gouverneur Alvarado...

The Mark of Zorro est le premier film de cape et d'épée de Douglas Fairbanks. On ne sait pas exactement qui a proposé à Fairbanks d'adapter l'histoire de Johnston McCulley, The Curse of Capistrano qui venait d'être publiée en 1919. En tout cas, que ce soit Mary Pickford ou son frère Robert qui lui ait donné cette idée, elle va faire prendre un tournant à sa carrière. Le héros des comédies bondissantes des années 20 devient le prototype du héros 'swashbuckler' comme les appellent les américains. Ce premier Zorro de l'écran est une superbe réussite, mélangeant comédie, duel endiablé et acrobaties. Il apporte aux duels une véritable chorégraphie qui deviendra une des marques du genre. Face à lui, on retrouve une jolie brochette de méchants avec en tête Noah Beery, le frère de Wallace, qui était un spécialiste de ce type de rôle au muet. Le film est très bien rythmé, sans passage à vide. On peut en apprécier pleinement les qualités visuelles grâce au nouveau transfer réalisé par Flicker Alley pour le coffret Douglas Fairbanks - A Modern Musketeer. La copie teintée est absolument superbe  et est de bien meilleure qualité que la précédente version Kino. De plus, l'accompagnement musical est également supérieur avec le Monte Alto Orchestra (une petite formation de chambre) qui donne un allant et une allégresse au film qui manquait fortement au piano bien ennuyeux de la version Kino. Un formidable Fairbanks.

mercredi 21 décembre 2011

The Thief of Bagdad 1924

Le Voleur de Bagdad
Un film de Raoul Walsh avec Douglas Fairbanks, Julanne Johnston, Sojin, Snitz Edwards et Anna May Wong

Ahmed (D. Fairbanks) un voleur des rues de Bagdad s'introduit nuitament dans le palais du Calife où il tombe amoureux de la Princesse, sa fille (J. Johnston). Pour obtenir sa main, il doit entreprendre un périlleux voyage pour devenir digne d'elle...

C'est le film de Douglas Fairbanks le plus célèbre et avec raison. Le travail réalisé sur tous les aspects de la production sont époustouflants. Fairbanks a embauché un jeune décorateur nommé William Cameron Menzies qui va bâtir un Bagdad des mille et une nuit gigantesque et lumineux. S'inspirant tout autant de l'Art Déco que de l'orientalisme, Menzies donne au film une magie qui reste intacte de nos jours. Mitchell Leisen produit des costumes somptueux qui se fondent dans les décors dépouillés et élégants. Mais, tout cela ne serait rien sans la performance superbe de Fairbanks. Il se surpasse dans ce rôle de voleur. Apparaisant d'abord à l'écran allongé le long d'une fontaine, il dérobe négligemment les bourses des buveurs. Torse nu, vêtu d'un léger pantalon de soie qui ondule sous la brise, il est la grâce incarnée alors qu'il s'élance pour monter à une corde ou lorsqu'il escalade le balcon de la princesse. Les cascades sont réalisées avec une telle désinvolture qu'on n'imagine pas le travail qu'elles ont réclamé. Lorsqu'il saute de jarre en jarre pour échapper à ses poursuivants, il s'est par exemple exercé pendant des semaines. Le film est à la fois sous le signe du conte des mille et une nuit et des ballets russes de Diaghilev. Fairbanks n'a jamais semblé aussi proche de la danse que dans ce film. Les effets spéciaux sont également incroyables et gardent leur magie. Il y a une forme de poésie dans l'apparition du cheval ailé, de l'arbre qui prend vie et du vieil homme des mers. Le film réussit à être un grande production gigantesque en proportion tout en conservant un certain intimisme. Raoul Walsh travaille en parfaite harmonie avec Fairbanks, passant probablement un aussi bon moment que lui lors du tournage. J'avais découvert le film vers 1985 au Ciné-Club et j'avais été éblouie par cette superbe production. J'avais vu, sans le savoir, la production Thames Silent avec la partition de Carl Davis. En la revoyant aujourd'hui, je reste tout aussi enthousiaste. La musique de Davis épouse les contours de cette production chatoyante avec la musique de Rimsky-Korsakov et apporte au film un rythme, une couleur et une émotion qui le rendent irrésistible. On se sent soulevé par la musique comme si on était sur le tapis volant qui emporte Fairbanks et la Princesse. Malheureusement, cette superbe version n'est pas disponible en DVD. Mais, elle le fût en LaserDisc dans les années 90. Espérons qu'un jour elle sera en DVD car le film est infiniment plus fort dans cette version.

dimanche 18 décembre 2011

Le Juif Errant 1926 (III)

Un film de Luitz-Morat avec Maurice Schutz, Antonin Artaud, Gabriel Gabrio et Jeanne Helbling

Ep. 4 - Le Justicier
Le sinistre M. Rodin (Fournez-Goffard) continue ses manigences pour éliminer les héritiers de la fortune Rennepont. A ce moment-là, une épidémie de choléra se déclanche à Paris. Immédiatement, il décide d'éliminer les deux soeurs Simon en les mettant dans une pièce contaminée. Pour ce qui est de Adrienne de Cardoville et de son fiancé Djalma, un autre héritier, il prépare une mascarade pour pousser celui-ci au meutre...

Le dernier épisode du Juif Errant est une relative déception. Le dénouement est attendu et les différentes péripéties n'apportent pas le suspense que l'on pouvait espérer. Le personnage central est maintenant le sieur Rodin qui met au point les guet-apens les plus infâmes pour se débarrasser des héritiers: assassinat, drogue, prison, choléra... Tout est bon pour mettre fin à leurs jours. L'acteur surjoue son hideux personnage, qui a toujours un sourire grimaçant aux lèvres et qui se frotte les mains avec délectation. Evidemment, une telle infâmie ne peut rester impunie et il mourra lui-même dans d'atroces souffrances du choléra. Malgré cette matière riche, dont un Henri Fescourt ou un Feuillade aurait pu faire un brillant épisode, Luitz-Morat ne produit qu'une illustration bien plate du scénario. Certes, le film bénéficie d'une atmosphère parisienne très réussie avec ses petites rues pavées avec les murs lépreux des maisons tels qu'on les imagine aux XIXème siècle. Intérieurs et costumes sont au diapason pour leur qualité, nullement tapageurs, mais parfaitement dans le ton. Les problèmes principaux restent la lenteur de la narration et l'absence de créativité dans la mise en scène. Au total, ce Juif Errant est un film qui manque de relief. 

samedi 17 décembre 2011

The Three Musketeers 1921


Les Trois mousquetaires

Un film de Fred Niblo avec Douglas Fairbanks, Léon Bary, Eugene Pallette, Marguerite de la Motte et Adolphe Menjou

Suivant le succès de son premier film de cape et d'épée, The Mark of Zorro (1920), Fairbanks se lance dans la production d'une adapation du célébrissime roman d'Alexandre Dumas, toujours avec le même metteur en scène, Fred Niblo. Niblo est un bon artisan, sans plus, mais comme toujours, on sent que la tête pensante derrière le projet est bel et bien Douglas Fairbanks, qui en assure l'adaptation. Dans l'ensemble, le scénario reste assez fidèle à Dumas, malgré les quelques entorses habituelles à Hollywood. Il faut d'abord un 'happy end' et Constance Bonacieux n'est pas expédiée dans un monde meilleur par la perfide Milady. De plus, Constance n'est pas mariée; mais elle a un oncle qui espionne pour le compte du cardinal de Richelieu. Les acteurs ont été choisis soigneusement pour chaque rôle. Nigel de Brulier est un Richelieu mince et intrigant, qui caresse son chat constamment, Adolphe Menjou, un Louis XIII au tempérament jaloux, la jolie Marguerite de la Motte, une charmante Constance. On est un peu surpris de retrouver Eugene Pallette dans le rôle d'Aramis. mais, Pallette n'était pas encore devenu le personnage rondouillard des années 30, et il est finalement assez crédible dans le rôle du mousquetaire galant avec les dames. Douglas Fairbanks a toutes les qualités pour faire un d'Artagnan idéal. Animé de la fougue de la jeunesse, téméraire, casse-cou, soupe-au-lait, il bondit, se bat et flirte avec les dames avec un talent ravageur. Il est évident que Gene Kelly a dû étudier son aîné pour son interprétation du gascon en 1948. Fairbanks était une de ses idoles et il lui rend un hommage vibrant dans plusieurs de ses films. Ce qui m'a empêché d'apprécier pleinement le film, c'est malheureusement les nombreux défauts du DVD Kino, qui est pourtant le meilleur sur le marché. D'abord la copie est assez médiocre, sans grande finesse et grisâtre. Puis, la vitesse de projection est beaucoup trop rapide. Les acteurs galopent à 24 im/sec et c'est vraiment dommage sur un film où les mouvements de Fairbanks sont toujours si gracieux et bien conçus. Et pour finir, il y a une bande-son réalisée avec un synthétiseur qui est particulièrement horripilante; elle reprend la partition originale de L.F. Gottschalk, qui n'est guère qu'une compilation assez médiocre, avec une sonorité de casserole. Espérons qu'un jour une meilleure copie de ce film permettra d'apprécier le travail du grand Arthur Edeson derrière la caméra.

Victor Sjöström 1981

Documentaire de Gösta Werner

Sur le DVD Kino des Proscrits (Berg-Ejvind och hans hustru, 1918), on trouve en supplément un documentaire suédois assez ancient qui fait la part belle aux extraits de films avec Sjöström acteur et réalisateur. Ce documentaire ne recherche qu'une chose: nous montrer un maximum d'extraits de films. Et je peux dire que j'ai été à la fête avec des extraits de certains Sjöströms que je n'ai encore jamais vu comme: La Voix des ancêtres (Ingmarssönerna, 1919), La Montre brisée (Karin Ingmarsdotter, 1920) tous deux adaptés de Selma Lagerlöf et L'Epreuve du feu (Vem dömer, 1922). Le documentaire est complété par une émouvante interview d'Ingmar Bergman qui parle de sa collaboration avec le grand Victor en tant qu'acteur de deux de ses films. Il est d'ailleurs fascinant de voir le grand Victor passer du cinéma muet au cinéma parlant sans aucune difficulté. Bergman reconnaît qu'il lui a fallu des années pour réaliser quel grand acteur était Sjöström. Il trouvait qu'il surjouait. Mais, avec le recul des années, il reconnaît s'être trompé. Voilà un documentaire qui m'a donné envie de voir tous les films de Sjöström ! Aucun effet de manche dans la réalisation, juste un grand choix d'extraits. Du bonheur.

vendredi 16 décembre 2011

Silent Britain 2006

Documentaire BBC réalisé par David Thompson et écrit par Matthew Sweet

Ce documentaire produit par la BBC, et publié par le BFI, a pour but affiché de tordre le cou aux préjugés tenaces qui perdurent sur le cinéma muet britannique. Ayant déjà vu quelques grands films de l'époque muette réalisé en GB, je ne fais pas partie de ceux qui pensent que les anglais ne savaient pas faire du cinéma. Par contre, il est vrai qu'ils ont toujours souffert de manques de moyens et de la compétition des USA qui leur prennaient leurs meilleurs talents. Le présentateur et auteur du documentaire, Matthew Sweet, utilise constamment des phrases toutes faites pour nous convaincre que le cinéma anglais des origines a tout inventé avant les autres. Malheureusement, ses démonstrations sont dépourves de preuves tangibles. Nous harpentons avec lui les rues de Londres à la recherche des premiers studios des pionniers. Ensuite, la réalisation se contente de filmer le narrateur face à l'écran de son ordinateur visionnant des extraits de films. Si je mentionne cela, c'est que la réalisation de ce documentaire aurait certainement convenu à un programme de bricolage, mais pour un documentaire qui se veut sérieux sur l'histoire du cinéma, c'est vraiment le degré zéro de la réalisation. Heureusement, le documentaire contient nombres d'extraits de films qui sont très intéressants. Le présentateur omet souvent le nom des réalisateurs. Il faut dire que sa belle théorie sur le '100% British cinema' est mise à mal par le fait que les studios grand-bretons de la fin des années 20 rengorgeaient de metteurs en scène allemands (comme E.A. Dupont et Arthur Robison) et de stars étrangères: Lars Hanson, Ugo Henning, Lia de Putty, Any Ondra, etc. Au total, une grosse déception en terme de qualité de la narration et de la réalisation. Nous sommes dix coudées en-dessous de Cinema Europe (1996, K. Brownlow et D. Gill) qui en un seul épisode de 60 min nous en apprend plus sur le cinéma anglais que les 90 min de celui-ci, et qui, surtout, offre bien plus d'extraits de films (et qui bizarrement contient les mêmes interviews d'archive). Ceci dit, j'ai repéré plusieurs films fort alléchants comme The Lure of Crooning Water (1920) et The Informer (1929, A. Robison), première version avant celle de Ford qui j'espère trouveront leur place un jour en DVD.

Le Juif Errant 1926 (II)

(Gringalet: Antonin Artaud)

Un film de Luitz-Morat avec Maurice Schutz, Antonin Artaud, Gabriel Gabrio et Jeanne Helbling

Prologue - Ep. 2 : Monsieur Rodin - Ep. 3 : La nuit du 13 février

Résumé du prologue: En Palestine, Jésus sur la croix est insulté par un savetier nommé Ahasvérus (André Marnay). Il est condamné à marcher éternellement. En 1682, dans le ghetto de Varsovie, Marius Rennepont (Jean Peyrière), un riche protestant français, est victime des persécutions de la secte des Ardents qui veut lui prendre sa fortune. Ayant trouvé refuge dans sa belle-famille juive, il est retrouvé et assassiné ainsi que sa femme. Son enfant est sauvé par Ahasvérus qui l'emporte ainsi que le testament de Marius, qui ne devra être ouvert que 150 ans plus tard.
Ep. 2 et 3: 1832, La secte des Ardents poursuit ses manoeuvres pour s'accaparer la fortune Rennepont. Chaque héritier est pourchassé avec méthode par l'éminence grise de la secte, M. Rodin. Il a prêté de l'argent à Jacques Rennepont (alias Couche-tout-nu) qui passe son temps à faire la fête. Le malheureux se retrouve emprisonné pour dettes. La date fatidique du 13 février, jour d'ouverture du testament approche. Seul l'abbé Gabriel est là chez le notaire. Mais contrairement aux espoirs des Ardents, le testament ne contient pas le texte espéré. Il met en garde l'héritier contre les Ardents. Ahasvérus apparaît alors et produit un codicille au testament...

J'ai découvert le prologue du film après la projection des 3 premiers épisodes. Ce n'est guère commode de suivre un film en épisodes de cette façon, mais je n'ai guère eu le choix vu que la Cinémathèque a oublié le prologue. Ce prologue contient d'ailleurs les scènes les plus chargées d'atmosphère de tout le film. Les séquences bibliques ne déparerait pas un film de Cecil B. DeMille pour la qualité de la reconstitution. De même, les scènes du ghetto de Varsovie au XVIIème siècle sont superbement éclairées. Si le film pêche, c'est pas la longueur des épisodes qui approchent des 90 min. Pour tenir une telle longueur, il faut un souffle épique remarquable comme dans Les Misérables (1925) d'Henri Fescourt. Hélas, Luitz-Morat n'a pas les qualités de metteur en scène de ce dernier. Il faut dire aussi que la Cinémathèque a eu l'idée saugrenue de passer deux épisodes simultanément, ce qui a résulté par une séance de 2h40... au lieu des 1h50 prévues sur le programme. La copie est absolument superbe dans l'ensemble. Il semble que du matériel original ait été utilisé pour cette restauration. Si le récit est trop lent et manque de créativité, en tout cas, c'est un vrai plaisir pour les yeux. La suite bientôt....

L'Auberge Rouge 1923

Un film de Jean Epstein avec Léon Mathot, Gina Manès et David Evremond

1825, M. Herrmann, un riche hollandais, organise un dîner entre amis. On lui demande de raconter une histoire qui fait peur et il leurs conte ce qui est arrivé dans une auberge d'Alsace en 1790. Deux étudiants en médecine, Prosper Magnan (L. Mathot) et Frédéric Taillefer (D. Evremond) se sont arrêtés dans une auberge par une nuit de tempête. Ils obtiennent avec beaucoup de mal une chambre pour passer la nuit. Un courtier en diamants arrive et ils décident de partager leur chambre avec lui. Le lendemain, ce dernier est découvert égorgé le lendemain matin, et Prosper est accusé du meurtre...

En 1923, la société Pathé-Consortium commande à Jean Epstein une adaptation d'une nouvelle de Balzac. Le jeune metteur en scène qui se veut à pointe de l'innovation technique au cinéma, va utiliser tous les procédés en cours à l'époque. Avec cette histoire de meurtre (dont le scénario est très différent de celui d'Aurenche et Bost pour le film d'Autant-Lara), il a affaire à un morceau de choix riche en atmosphère. Mais, malheureusement, comme souvent chez Epstein, la structure du récit et le développement des personnages n'est pas vraiment convaincant. Comme le fait remarquer avec justesse son contemporain, le metteur en scène Henri Fescourt: "On put reprocher à cette bande des déséquilibres. Les moyens dramatiques n'atteignent pas toujours l'effet souhaité." Les deux cinéastes qui inspirèrent le plus Epstein sont Marcel L'Herbier et Abel Gance. Il réutilise leurs innovations au niveau du montage, de la caméra subjective ou mobile. Mais contrairement, à ses deux confrères, Epstein n'insère pas très bien ces effets dans son récit, ce qui a pour effet de mettre en exergue des scènes plutôt que d'assurer la continuité du récit. Quant à la direction d'acteur, ce n'est certainement pas le fort de Epstein. Le vétéran Léon Mathot, qui est déjà au cinéma depuis une décennie, semble passablement figé. Et il n'exploite guère la sensualité de la belle Gina Manès, qui sera bien mieux exploitée par Abel Gance dans Napoléon (1927) ou par Jacques Feyder dans Thérèse Raquin (1928) (si on en croit les critiques de l'époque car le film est perdu). Ceci dit, malgré sa trame assez lâche, le film conserve un certain attrait. Epstein nous faire voyager dans les pensées meurtrières de Prosper avec force caméra subjective. La construction avec une série de flash-back n'est pas vraiment nouvelle. L'Herbier l'a déjà utilisée par exemple dans L'Homme du Large (1920) avec plus de bonheur d'ailleurs. Il est difficile d'apprécier pleinement la cinématographie avec une copie contretypée assez floue dans toutes les scènes en soft-focus. Epstein est un théoricien du cinéma qui avait du mal à mettre en pratique ses idées sur un récit.

The Private Life of Don Juan 1934

Un film d'Alexander Korda avec Douglas Fairbanks Sr., Merle Oberon, Benita Hume et Melville Cooper

Don Juan (D. Fairbanks) est adoré unaniment par toutes les femmes de Séville. Mais, elles ignorent qu'un jeune homme se fait passer pour lui. De son côté, Don Juan a vieilli et il est poursuivi par ses créanciers et une épouse tenace (B. Hume)...

Ce film de 1934 fut le chant du cygne de Douglas Fairbanks. Il était déjà une légende de son vivant et le scénario utilise habilement la personnalité de Doug pour le personnage de Don Juan. Je ne m'attendais pas à grand chose en regardant ce film d'Alexander Korda qui ne fut pas un succès à sa sortie. En fait, j'ai été très heureusement surprise par le ton décalé et l'utilisation du mythe de Don Juan. Le scénario est signé de Frederick Lonsdale, un excellent auteur anglais de comédies, et de Lajos Biro, un des collaborateurs habituels de Korda. Nous suivons les aventures d'un Don Juan qui a maintenant les tempes grisonnantes, quelques rides et qui doit faire attention à sa ligne. Lorsqu'il tente de séduire une jeune demoiselle, celle-ci lui fait remarquer qu'il pourrait être son père. Finalement, il est prisonnier de l'image qu'il a donné dans le passé. Les femmes sont amoureuses d'une certaine image de Don Juan telle qu'elle a été véhiculée par le théâtre et la littérature. Et le pauvre Don Juan n'arrive pas à être à la hauteur de son mythe. A cette époque-là, Douglas Fairbanks est également sur la touche. Bien qu'il ait fait quelques films parlants, aucuns d'entre eux ne lui a permis de retrouver son succès de l'époque du muet. Toujours athlétique, il est lui aussi obsédé par son physique et l'idée de rester 'jeune'. Le scénario ne manque pas de se moquer de cette obsession alors qu'il reçoit force massages. Dans sa vie privée, les choses ne vont guère mieux. Son mariage avec Mary Pickford part à vau-l'eau. Ils vont divorcer au moment de la sortie du film. Le film est donc à la fois un regard nostalgique sur une des plus grandes stars du cinéma ainsi qu'un hommage luxueux et humoristique. Le film est un écrin somptueux grâce aux superbes décors de Vincent Korda et à la cinématographie du français Georges Périnal qui se surpasse dans la beauté et la sophistication. Une volée de superbes créatures, toutes superbement photographiées parent le film, en particulier Merle Oberon dont l'étoile était en ascendance. Fairbanks montre son flair pour la comédie, un genre dans lequel il avait débuté avant de créer de toutes pièces le film de cape et d'épée. C'est d'ailleurs probablement pour cela que le public fut dérouté. Il s'attendait à retrouver le Fairbanks virevoltant de Zorro plutôt que ce héros désorienté face aux femmes. Une très heureuse surprise.

dimanche 4 décembre 2011

Le Juif Errant 1926 (I)


Un film de Luitz-Morat avec Maurice Schutz, Antonin Artaud, Gabriel Gabrio et Jeanne Helbling

Ep. 1 - Les Ardents
Une société secrète et criminelle, Les Ardents, dirigée par le sinistre M. d'Aigrigny (M. Schutz), souhaite capter l'héritage fabuleux de M. Rennepont. Pour ce faire, il faudra empêcher les héritiers d'arriver au rendez-vous fixé à Paris pour le 13 février 1832...

Cette production Ciné-Romans a été produite par Louis Nalpas, alors en charge de la production. Cette société se spécialisait dans les adaptations de romans célèbres sous forme de films en épisodes. Le Juif Errant commençait par un prélude biblique qui introduisait le personnage d'Ahasvérus, le juif errant. Malheureusement, la copie présentée hier ne comportait pas ce prologue, ni d'ailleurs les premières scènes qui montraient la mort de Marius Rennepont au XVIIè siècle. Il semble qu'on ait tout simplement oublié de nous les projeter (!) Enfin, le récit commençait par la présentation de cette pseudo-société philantropique, Les Ardents, qui ne cherche en fait qu'à s'accaparer une fortune promise en héritage. Pour ce faire, tous les moyens sont bons. Il faut qu'un seul des héritiers puisse arriver au rendez-vous pour toucher les 100 millions. Ce seul héritier est un prêtre naïf qui ne se rend pas compte qu'il est manipulé par Les Ardents. Puis, nous faisons connaissance avec les autres héritiers qui sont en route vers Paris. Il y a les deux petites filles, Rose et Blanche Simon qui traversent l'Allemagne avec comme garde du corps, le vieux Dagobert (G. Gabrio) qui était l'ordonnance de feu leur père. Dans une auberge de Leipzig, un certain Morock va tuer leur cheval avec sa panthère, puis tenter de les faire arrêter par le bourgmestre. Làs, il n'arrivera pas à ses fins. Pendant ce temps, en France, une autre héritière, Adrienne de Cardoville (J. Helbling) recueille des jeunes orphelines dans son chateau au bord de la mer. Les jeunes filles s'ébattent dans le parc vêtues comme des danseuses de la troupe d'Isadora Duncan. Cette fois-ci, Les Ardents ont une autre tactique. Ils vont essayer de faire interner la jeune femme avec un médecin marron qui la déclarera folle. Ce premier épisode offre une entrée en matière assez riche, malgré l'absence plus que regrettable du Prologue et des premières scènes. Le metteur en scène Luitz-Morat était un ancien acteur. Et on peut lui reconnaître une certaine habilité dans la direction de ses acteurs. Aucun d'eux ne surjoue et chaque personnage est campé avec justesse. Les décors sont riches et offrent une belle atmosphère. J'attends la suite avec impatience. La copie présentée semblait être une reconstitution assez récente, teintée et de belle qualité. On pouvait apprécier au mieux les contrastes remarquables de la pellicule orthochromatique.