vendredi 16 décembre 2011

L'Auberge Rouge 1923


Un film de Jean Epstein avec Léon Mathot, Gina Manès et David Evremond

1825, M. Herrmann, un riche hollandais, organise un dîner entre amis. On lui demande de raconter une histoire qui fait peur et il leurs conte ce qui est arrivé dans une auberge d'Alsace en 1790. Deux étudiants en médecine, Prosper Magnan (L. Mathot) et Frédéric Taillefer (D. Evremond) se sont arrêtés dans une auberge par une nuit de tempête. Ils obtiennent avec beaucoup de mal une chambre pour passer la nuit. Un courtier en diamants arrive et ils décident de partager leur chambre avec lui. Le lendemain, ce dernier est découvert égorgé le lendemain matin, et Prosper est accusé du meurtre...

En 1923, la société Pathé-Consortium commande à Jean Epstein une adaptation d'une nouvelle de Balzac. Le jeune metteur en scène qui se veut à pointe de l'innovation technique au cinéma, va utiliser tous les procédés en cours à l'époque. Avec cette histoire de meurtre (dont le scénario est très différent de celui d'Aurenche et Bost pour le film d'Autant-Lara), il a affaire à un morceau de choix riche en atmosphère. Mais, malheureusement, comme souvent chez Epstein, la structure du récit et le développement des personnages n'est pas vraiment convaincant. Comme le fait remarquer avec justesse son contemporain, le metteur en scène Henri Fescourt: "On put reprocher à cette bande des déséquilibres. Les moyens dramatiques n'atteignent pas toujours l'effet souhaité." Les deux cinéastes qui inspirèrent le plus Epstein sont Marcel L'Herbier et Abel Gance. Il réutilise leurs innovations au niveau du montage, de la caméra subjective ou mobile. Mais contrairement, à ses deux confrères, Epstein n'insère pas très bien ces effets dans son récit, ce qui a pour effet de mettre en exergue des scènes plutôt que d'assurer la continuité du récit. Quant à la direction d'acteur, ce n'est certainement pas le fort de Epstein. Le vétéran Léon Mathot, qui est déjà au cinéma depuis une décennie, semble passablement figé. Et il n'exploite guère la sensualité de la belle Gina Manès, qui sera bien mieux exploitée par Abel Gance dans Napoléon (1927) ou par Jacques Feyder dans Thérèse Raquin (1928) (si on en croit les critiques de l'époque car le film est perdu). Ceci dit, malgré sa trame assez lâche, le film conserve un certain attrait. Epstein nous faire voyager dans les pensées meurtrières de Prosper avec force caméra subjective. La construction avec une série de flash-back n'est pas vraiment nouvelle. L'Herbier l'a déjà utilisée par exemple dans L'Homme du Large (1920) avec plus de bonheur d'ailleurs. Il est difficile d'apprécier pleinement la cinématographie avec une copie contretypée assez floue dans toutes les scènes en soft-focus. Epstein est un théoricien du cinéma qui avait du mal à mettre en pratique ses idées sur un récit.

1 commentaire:

Reminencens a dit…

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